Léonie m’a gentiment laissé la liberté de m’exprimer à travers sa plate-forme. Comme la pandémie affecte tout le monde, à différents niveaux et sur différents sujets, je souhaitais prendre la parole pour sensibiliser les gens à un tabou trop souvent écarté de la place publique.

Mon mari et moi, on a gagné à la loterie de la vie. Dans plusieurs sens, on est chanceux et on le sait; on est en santé, on a deux bons emplois, on a des familles présentes et aimantes et surtout, on s’est trouvé et on est en amour depuis bientôt 5 ans. On est privilégiés, mais on a aussi gagné en étant la statistique du 1/6. On est le fameux 1 couple sur 6 pour qui ce sera compliqué avoir des enfants.

Je parle pour moi seulement, je sais que les chiffres que je mentionnerai sont beaucoup pour certaines, peu pour d’autres. Mon chum et moi, on essaie depuis un peu plus de 2 ans de fonder notre famille. On a commencé par des applications de cycle, des produits naturels pour aider, puis on s’est demandé après plusieurs mois de déception si tout était normal. On a investigué, commencé les hormones pour les inséminations artificielles, essayé 9 mois en montagne russe avec ce protocole. Puis, en janvier dernier, on a pris la décision (et toutes nos économies) pour aller plus loin et faire un cycle de fécondation in vitro. On a réussi à se rendre au bout du processus, congeler un embryon qui, on l’espère, sera notre futur bébé. Puis, le virus arrive, bouleversant tellement de choses, tellement de vies. Tout s’est arrêté. Notre marathon des deux dernières années se poursuit, mais sans jamais atteindre l’arrivée.  

Bref, tout ça pour dire que le confinement obligatoire, la fermeture des cliniques de fertilité pour une durée indéterminée est un anxiogène de plus pour plusieurs couples dans cette situation. C’est une situation qui est déjà extrêmement difficile en temps normal comme c’est lourd mentalement, financièrement et physiquement. De voir ce rêve mis sur pause sur une durée indéterminée est un crève-cœur. J’en ai passé des nuits à pleurer, à ressentir de la colère, de l’incompréhension parce que partout autour, ce projet-là n’est pas mis sur pause, on continue de voir des annonces de grossesses et des nouveau-nés. Comprenez-moi bien, je trouve ça formidable! Mais ça peut être confrontant aussi. Ça accentue l’isolement que l’on peut ressentir en temps normal puisque trop souvent, les couples vivant de l’infertilité sont incompris et se sentent bien seuls dans leur barque. 

Les petites blagues du genre « on prévoit un méchant baby-boom, merci la COVID » ou encore « pensez-y pas et ça va arriver, vous avez juste ça à faire pendant le confinement anyway » ou encore « mais toi t’es chanceux /chanceuse tu n’as pas à gérer tes enfants en travaillant, j’aimerais tellement ça » ça peut être très blessant pour un couple qui est suivi en fertilité. 

Pour tous les couples qui vivent cette période de tourmente, vous êtes déjà des héros, vous traversez l’insurmontable. Parfois, quand c’est trop difficile, j’aime croire qu’on est déjà des parents en devenir, parce que le super-pouvoir d’un parent, c’est certainement d’oublier les moments difficiles et tous les sacrifices pour le bien de son enfant, parfois bien avant qu’il naisse.

Soyez doux, soyez sensibles, soyez indulgents.

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