À moins d’être déjà parent à la maison, je crois que l’on peut dire que d’avoir les enfants 24/7 depuis presque un mois, ça chamboule l’horaire habituel. Si en plus vous avez encore du boulot en télétravail, ça ajoute au casse-tête. Je donne une bonne tape dans le dos à tous les parents qui sont dans le même bateau. Ce n’est pas facile! Je n’ai pas la science infuse et surtout, je ne réussis pas tous les jours. Mais voici tout de même les trucs qu’on utilise ici, qui je dois le dire, fonctionne relativement bien depuis le début du confinement. En prime : les astuces d’une psychologue spécialisée en trouble anxieux chez les enfants (qui est aussi ma copine et en ce moment avec nous à temps plein) en seconde partie de ce texte. SCORE!

HORAIRE 

Personnellement, mes enfants ont vraiment besoin d’un horaire, surtout mon plus vieux. Ça le sécurise énormément et il peut anticiper ce qui arrive dans la journée. Oui cette période n’est pas évidente pour nous, mais pour eux aussi! De se retrouver sans les activités et sorties extérieures quotidiennes de la garderie, leurs amis et éducatrices, ça peut devenir anxiogène. Nous avons donc tenté d’établir un horaire qui ressemble le plus possible à leurs activités régulières. Nous avons de super outils qui nous aident de la compagnie Les Belles Combines, mais puisque les garçons sont encore très petits, j’ai aussi moi-même fait un gros tableau et j’ai dessiné les activités pour qu’ils s’y retrouvent. Voici à quoi ça ressemble:

6h30 : Réveil

7h : Déjeuner

7h30-8h30: Jeux libres ou télévision (période de travail pour nous)

8h30-11h: Activités extérieures quand la température nous le permet, sinon bricolage ou activité créative.

11h30 : Dîner

12h30 : Activité calme, lecture ou jeu individuel.

13h-15h : Sieste (période de travail ou de repos pour nous)

15h30 : Danse dans le salon, aérobie (Aé-Roby lol)

16h-17h : Les enfants jouent sur le balcon ou à d’autres activités (bricolage, pâte à modeler) pendant que l’on ramasse la maison et prépare le souper.

17h30 : Souper

18h: Bain

19h : Télé, lecture

19h30 Dodo pour les enfants

19h30-22h : On essaie de faire les tâches de la maison, travailler ou se reposer.

Et on recommence!

S’ORGANISER

Bon, ça semble facile dit comme ça, mais s’organiser aide vraiment au bon déroulement des journées. La première semaine a été une adaptation sans trop s’en soucier. La deuxième plus stressante. À la troisième et j’ai eu le sentiment que je devais faire des tableaux, des listes et des calendriers afin que tout puisse concorder puisqu’on s’y perdait. Encore une fois, à moins d’être parent à la maison, on n’est jamais confronté à devoir organiser des activités, faire 3 repas et tâches quotidiennes à répétition comme présentement. J’ai donc créé 3 types de tableaux. Un pour les enfants où ils peuvent se situer avec des dessins, selon où nous sommes rendus dans la journée (celui dont je vous parlais plus haut). Le deuxième est le calendrier de repas, la chose qui semble le plus futile, mais qui m’a enlevé la charge mentale de me demander 3 fois par jour : QU’EST-CE QU’ON MANGE? Je ne me pose plus de questions. Je vous en reparlerai dans un autre article, mais ici, la commande de repas Cook it déjà préparés nous a sauvés les midis. Le troisième, c’est le calendrier de travail de Jade et moi. Ses moments de rencontres avec ses patients (où elle doit quitter la maison ou que nous devons quitter pour assurer la confidentialité et le calme) et mes appels-conférences ou mes périodes de travail obligatoires. De manière générale, nous essayons de travailler 30 minutes à 1h le matin après le déjeuner lorsque les garçons écoutent la télé. Si nous ne sommes pas trop épuisées (ça nous arrive de siester en même temps que les garçons), nous profitons du dodo de l’après-midi pour travailler encore. Je retravaille aussi la majorité du temps le soir après qu’ils soient couchés. Sinon, je prévois des périodes où Jade peut leur faire faire une activité pendant que je peux me concentrer 1h. Évidemment, nous avons une situation un peu exceptionnelle aussi, comme je suis séparée, nous avons une semaine sur deux où les enfants ne sont pas là et nous profitons de ces moments pour mettre les bouchées doubles au travail. Je vous invite encore une fois à consulter Les Belles Combines, ils ont vraiment de super outils pour vous aider à vous organiser.

BOUGER

C’est probablement ce qui nous sauve le plus. Les sorties sont limitées et on doit évidemment faire très attention, mais même si c’est seulement dans la cour, sur le balcon ou sur un terrain vaste (sans module) près de la maison, ça fait du bien à tous de prendre l’air. Les enfants courent et dépensent de l’énergie. Nous avons aussi toujours notre session danse après la sieste et avant souper. Pendant 30 mins, on fait jouer leurs chansons préférées et se laisse aller. C’est rendu un beau rituel, ils le demandent eux-mêmes!

S’ENTRAIDER

Ici, nous sommes deux à continuer de travailler. Nous n’avons donc pas le choix de former une solide équipe et de se passer la touche comme on dit pour que ça fonctionne. Ceci dit, je suis certaine que même si c’est un parent qui travaille ou même les deux qui sont en arrêt, de prévoir des temps seuls, que ce soit pour se reposer, travailler, ou juste prendre du temps pour soi, c’est nécessaire. L’un peut aller faire une activité, pendant que l’autre a ses moments. C’est extrêmement rare que l’on soit 24h/24 avec notre partenaire et nos enfants. C’est correct de vouloir se retirer parfois.

GARDER DES MOMENTS DE REPOS

Les activités, les tâches, les repas, le travail, alouette. On dirait qu’on n’a jamais été aussi épuisé, alors qu’on est à la maison toujours. La culpabilité embarque, l’anxiété de performance aussi. On va arrêter ça tout de suite, et se donner un petit break. Des périodes de repos, pour les parents, mais aussi les enfants, c’est nécessaire. Vos enfants n’ont pas besoin d’être divertis 100% du temps. C’est souvent lorsqu’on les laisse s’ennuyer qu’ils deviennent le plus créatifs. Regardez les, vous serez surpris. 😉

SE RETROUVER 

Et après tout ça, les journées bien remplies, n’oubliez pas votre cocon, votre couple, votre équipe. Parce qu’on a souvent l’impression de se donner juste des bisous de cadre de porte et des tapes dans le dos dans le jour. Mais pour avoir une équipe solide, ça prendre de l’affection un peu, de l’écoute, de la compassion, de l’admiration. On se dit merci, on se dit qu’on s’aime on se retrouve devant un film ou sous la couette, c’est comme vous voulez. Mais prévoyez toujours une petite heure avant le dodo, ça aide à ne pas se perdre dans tout ce chaos!


Le mot de Jade Pelletier-Brochu, Ph.D, Psychologue

Comme mentionné plus haut, la situation exceptionnelle que l’on vit actuellement entraine son lot de défis et de changements auxquels il faut s’adapter. Parmi ceux-ci, la conciliation travail-famille peut représenter une source de stress importante pour plusieurs parents qui se voient désormais forcés de travailler de la maison tout en s’occupant des enfants qui sont présents à temps plein! Dans le cadre de ma pratique en tant que psychologue spécialisée auprès des enfants et des adolescents, on me demande souvent des « trucs » pour faciliter l’adaptation à ce nouveau quotidien et favoriser, entre autres, une meilleure conciliation travail-famille. Avant toute chose, il est important de souligner qu’il n’existe malheureusement (ou heureusement!) pas de recette magique qui fonctionne à tout coup et pour tous. C’est le propre même de l’adaptation : chaque famille est un peu responsable de découvrir ce qui fonctionne ou non pour elle et de s’approprier cette nouvelle réalité. Par contre, quelques principes de base peuvent servir à orienter la réflexion et la mise en place de certaines « stratégies » qui peuvent s’avérer utiles actuellement.

D’abord, comme mentionné plus haut, le fait de mettre en place une structure ou une routine adaptée au nouveau quotidien peut favoriser une meilleure gestion du temps et ainsi faciliter la conciliation travail-famille. La majorité des enfants (et des adultes) s’adaptent mieux lorsqu’ils savent à quoi s’attendre, et ce même si la routine de confinement peut sembler vraiment simple à première vue.  Dans la mesure du possible, il peut aussi être très pertinent d’impliquer les enfants dans la « construction » de l’horaire hebdomadaire pour qu’ils sentent qu’ils ont, eux aussi, un certain contrôle sur la situation. Ils seront également plus portés à respecter la routine préétablie s’ils y ont contribué!

Au-delà de l’organisation et de la structure, la conciliation travail-famille dans le contexte actuel fait en sorte que plusieurs parents sont tiraillés entre certaines de leurs valeurs personnelles et éducatives et la nécessité de « lâcher prise » afin d’être en mesure de continuer à travailler. C’est une période de compromis. Plusieurs règles (p.ex. temps d’écran) seront probablement assouplies, du moins temporairement, et c’est tout à fait normal. Les enfants sont conscients eux aussi qu’il s’agit d’une période particulière qui ne reflète pas nécessairement le « quotidien normal ». Dans la même lignée, plusieurs parents peuvent avoir l’impression de ne pas être « au meilleur de leur performance » autant dans leur rôle de travailleur que dans celui de parent actuellement. Il peut être pertinent de se ramener à l’essentiel de la définition d’un parent et d’éviter de se culpabiliser lorsqu’il est plus difficile de s’improviser enseignant, éducateur à l’enfance, organisateur d’activités, nutritionniste, chef cuisinier et artiste dans une même journée!

Enfin, au travers de tous ces changements et des adaptations qui peuvent être mises en place au quotidien, les enfants vivent eux aussi leurs émotions respectives et continuent d’avoir besoin d’écoute, d’attention et d’amour.  Le fait de maximiser les moments positifs en famille en étant pleinement présents avec eux durant ces périodes (en mettant de côté les cellulaires par exemple) peut faire en sorte que les enfants seront plus en mesure de s’occuper seuls lors des moments réservés au travail puisque leurs autres besoins seront comblés. L’implication des enfants dans les tâches du quotidien peut également parfois permettre de concilier les moments de qualité et l’efficacité (p.ex. cuisiner tous ensemble, plier les vêtements propres en famille, vider le lave-vaisselle en duo, etc.)!

Il ne faut pas perdre de vue que pour certaines personnes, ce sera plus difficile de concilier le travail à la maison et l’absence de services de garde tandis que pour d’autres, ce sera plus simple. Chaque contexte familial est différent et l’important c’est de ne pas se mettre trop de pression pour trouver « la recette magique » qui fera en sorte que la conciliation travail-famille se déroulera sans problème. 

 

 

La magnifique illustration en couverture est de Gold Heart Club