J’avais envie d’écrire sur le chemin parcouru depuis la naissance de ma fille. Du chemin que j’ai dû faire dans ma tête afin de me sentir mieux. Des larmes et de la peur qui m’a habité pendant des mois suite à son arrivée. Du travail que j’ai dû faire sur moi afin de les laisser partir, afin de laisser place au beau. Et là, je me suis dit « pourquoi tu ne vas pas jeter un coup d’oeil à tes anciens textes pour voir »…

Voici donc un petit extrait de mon article intitulé Une petite histoire d’accouchement moins belle que les autres:

« Malheureusement, il y aura toujours un peu de laid dans la mienne. Cette peur fera toujours partie de la narration. Avec le temps, elle prendra moins de place, elle sera moins vive, mais elle sera toujours là. Parce que la vie en a décidé ainsi.

Certains ont une histoire encore plus laide, qui fait encore plus mal. D’autres ont des difficultés à avoir des enfants. Pis ça, ça fait vraiment mal en dedans. Je suis donc, malgré tout, consciente de la chance que j’ai de pouvoir accompagner ma fille dans sa découverte du monde. Et éventuellement, je vous dirai que c’est correct. Qu’il fallait peut-être qu’on passe à travers tout ça. Mais pas tout de suite. J’pas encore prête.

Dans quelques années, quand je vous en reparlerai, je débuterai par « C’était un jour de tempête… » et ma fille lèvera probablement les yeux au ciel, parce que ça n’intéresse jamais vraiment les enfants ce genre d’histoires.

Je souhaite tout de même lui dire que cette journée-là, alors que je croyais que mon âme s’envolait vers le ciel, j’ai pensé à elle. J’ai pensé que je ne voulais pas aller me blottir sur les nuages tout de suite, que c’était trop tôt. Ça aurait été beaucoup trop tôt. »

Et un second d’un texte écrit l’année dernière, Il y a un an:

« Aujourd’hui, le pire est passé. Il resurgit parfois dans ma tête, mais tu es là pour me rappeler qu’il y a juste du beau à venir. À travers toi, je guéris. Ton arrivée ne s’est pas du tout déroulée comme je me l’étais imaginé. J’étais loin de penser que ce serait une journée rose, j’avais peur d’accoucher. Très peur. Malheureusement, cette partie de notre histoire me démontre que j’avais raison. Est-ce que j’ai attiré le pire, me direz-vous? Peut-être, mais je ne pense pas. C’est biologique ces affaires-là. Mais je m’en suis voulu longtemps. Pour plein de raisons non rationnelles qui tournaient en boucle dans ma tête. Mon corps m’a fait mal. Il n’a pas réagi comme il aurait dû. Il m’a aussi sauvé la vie. Parce qu’il s’est battu. Pour rester près de toi. Ma fille. Près de lui. Ton père. Apprendre à être ta mère aura été le plus beau de tous les «beaux» de ma vie. Très loin du pire. Je resterai toujours triste que ce moment, que j’attendais avec l’impatience qui envahit toutes les futures mamans, nous ait été volé. Par qui, je ne sais pas trop. Parce que ça devait arriver comme ça. Je crois fort à ça, le destin. Faut croire qu’il nous est rentré dedans. Fort. Presque trop. Faut croire qu’il a décidé que c’était le début de quelque chose de beau quand même. »

Et finalement, voici ce que j’avais envie de vous dire cette année:

C’était un jour de tempête. La neige m’a chatouillé les orteils. Ton corps s’est décollé du mien. Ton coeur, dans notre monde, a continué de battre. Le mien aussi s’est battu. Pour toi, pour lui, pour nous. Et, tu sais quoi? Il a vaincu. Ce drame couleur rouge est derrière nous. Et je n’y pense plus. Enfin parfois, une image fleurit dans ma tête, le temps d’un nuage, de quelques secondes, de quelques larmes, mais j’ai décidé que je ne voulais plus y penser. Que je ne voulais plus que ça m’habite de la même manière. Que ça ne me ternisse plus. Des malheurs, des tragédies, on en vit tous à différents niveaux. Ils ne font pas tous mal à la même place, mais ils sont là, à la réchauffer, leur place. J’ai compris, à un certain moment, que c’était à moi de lui demander de partir. Je veux dire de partir de ma tête. Parce que mon corps, lui, il s’en est remis. Il a enregistré quelque part en dedans de lui qu’il a été brisé, puis recollé. Vous dire à quel point sa force m’a impressionné. Il est peut-être fragilisé, mas certainement pas autant que ma tête l’a été. Et, comme je vous disais plus haut, j’ai travaillé fort pour la recoller elle aussi.

Bonne fête, ma fille, comme je te le chante le soir avant de t’endormir, nous avons été réunies pour la vie, un beau jour de décembre.