En sortant du bureau de la radiologiste ce jour-là, je me rappelle avoir parcouru le chemin jusqu’à la chambre d’hôpital de Clara difficilement. Chaque pas, chaque respiration, me demandaient un effort de plus en plus grand. Arrivée à sa chambre, j’ai regardé par l’immense fenêtre qui donnait sur la rue. Des dizaines de gens attendaient l’autobus sous le soleil de fin journée. Je les observais et je ne comprenais pas. Comment pouvaient-ils continuer à vivre comme si de rien était? Pourquoi est-ce que leur monde semblait tourner encore alors que le mien était complètement figé? Plus la soirée avançait, plus je sentais monter en moi une panique incontrôlable. Ce soir-là, c’est finalement moi que nous avons dû amener à l’urgence. Pour la première fois de ma vie, j’ai levé la main et j’ai demandé qu’on me donne quelque chose. Un médicament, n’importe quoi, pour que ça se calme. Pour que tout ça se calme.

Mon chum et moi avons eu la permission cette nuit-là de dormir les deux auprès d’elle. Je dis dormir pour la forme, puisqu’évidemment, il y a eu très peu de sommeil. Je me souviens de mon téléphone qui nous éclairait chaque minute, au rythme des messages textes qui rentraient. La nouvelle se répandait: la fille de Clo avait le cancer.

Le lendemain, un nouveau pédiatre est venu nous voir. Il nous a pris hors de la chambre. Il a commencé par nous dire qu’il avait lui aussi un jeune enfant du même âge que Clara et que tout ça le touchait beaucoup. J’étais profondément agacée par tous ces gestes d’empathie. C’était plus fort que moi. Je ne voulais pas de compassion, je voulais un plan d’action. Et alors que rien n’allait assez vite à mon goût, la deuxième mauvaise nouvelle, et peut-être même la pire, est difficilement sortie de la bouche du pédiatre; Clara avait les deux poumons remplis de métastases. Ce n’était pas bon. Pas bon du tout.

Quelques heures plus tard, j’ai finalement réussi à m’assoupir. Je me suis réveillée en sursaut lorsque celui qui allait devenir l’oncologue de Clara a pénétré dans la chambre. Il a expliqué qu’avec ce qu’il avait vu sur les imageries, il hésitait entre cinq types de cancers pour le diagnostic précis de Clara. Seule une biopsie allait donc nous révéler lequel exactement Clara avait pigé à la loterie noire du cancer pédiatrique. Malgré tout, pour la première fois en 24h, j’ai enfin pu reprendre mon souffle. Il avait prononcé le mot que j’attendais: traitement. Calmement, il nous a expliqué que peu importe le type de cancer, il y aurait un traitement. Un traitement qu’on espèrerait curatif, mais sans aucune garantie de réussite, bien évidemment. Ça aurait été trop facile autrement. Il nous a aussi expliqué que le pronostic ne serait peut-être pas des plus favorables, mais que peu importe, à partir de maintenant, on devait se préparer pour la guerre. La vraie.