Après plusieurs semaines hospitalisées, Clara a obtenu son premier congé d’hôpital. Toute une histoire séparait maintenant ce matin de juillet où elle avait quitté la maison avec une jambe enflée et cet après-midi du mois d’août où elle est revenue chez elle, son baluchon plein de médicaments. La chimio avait officiellement débuté et j’étais complètement dépassée par le flot d’information que je devais assimiler pour assurer les soins de Clara. Mon cerveau était saturé et chaque nouvelle information m’épuisait.

Dès son deuxième cycle de chimio, on a commencé à mieux comprendre dans quoi nous nous étions embarqués bien malgré nous. Sa formule sanguine a drastiquement chuté et Clara a commencé à recevoir, de façon presque quotidienne, des transfusion de sang et de plaquettes. C’est alors que nous avons découvert un nouveau pan du cancer. En effet, pour recevoir un cycle de chimio, le corps doit être assez fort. Les plaquettes et les neutrophiles doivent être assez élevées pour supporter la prochaine dose de ce poison salvateur. Certaines chimios, plus fortes que d’autres, ont pour conséquence de mettre le patient KO. Affaibli et sans défense, il devient alors à risque de contracter n’importe quelle infection et de ne pas avoir le système immunitaire assez fort pour se défendre.

C’était le cas de Clara. Pendant des semaines, elle s’est mise à enfiler les infections, les fièvres et les aller-retours à l’hôpital. Ses multiples hospitalisations et son état précaire retardaient l’administration de ses chimios. Sa formule sanguine n’était jamais assez haute, son corps avait de la difficulté à suivre la course. Je suis alors devenue complètement obsédée par ses rapports sanguins. J’avais besoin de tout suivre et de tout savoir pour essayer de prédire quand elle serait prête à recevoir un nouveau cycle de chimio. Je lui donnais des épinards à la pelletée; c’est bon pour les plaquettes.  Je lui faisais faire des siestes au grand air; ça aide les neutrophiles. Dr Google était mon ami le plus fidèle et j’étais prête à essayer tout ce qu’il me proposait. Malheureusement, les promesses virtuelles ne donnaient pas les résultats espérés et son plan de traitement prenait du retard.

Au fil des cycles de chimio reportés et des séjours imprévus à l’hôpital, l’été a tranquillement laissé place à l’automne. Je me rappelle avoir découvert, les yeux toujours un peu embués par les larmes, les arbres de ma cour rougir et le décor se métamorphoser. C’était notre premier automne dans notre nouvelle maison. Nous l’avions achetée deux mois avant le diagnostic de Clara et nous la rénovions depuis. Je n’arrivais pas à comprendre comment ce projet, celui de ma première maison, avait soudainement tourné au cauchemar. Je regardais souvent les feuilles tomber à travers de ma porte patio et je me sentais comme elles.

Étourdie par les bourrasques de vent qui me happaient sans cesse.