Au milieu de l’automne, alors que les journées se faisaient de plus en plus froides et que les feuilles rouges ne m’émouvaient plus, l’équipe médicale de Clara nous a annoncé qu’elle devait passer des tests pour voir si la chimiothérapie donnait les résultats escomptés.

Quelques semaines plus tard, on endormait encore mon bébé, trois jours de suite, pour lui faire passer une batterie d’examens. Chaque fois, c’est la boule au ventre que je la laissais partir. Pour apaiser mon angoisse pendant qu’elle était loin de moi, je portais des bijoux porte-bonheur, je priais, je répétais des rituels bidon . Quand tu ne sais plus à quoi te raccrocher, tu inventes et tu imagines n’importe quoi qui peut te rassurer l’espace d’un instant. Tu deviens accro à ces moments de paix intérieure. Tu les recherches et tu pleures le temps où l’insouciance était tout ce que tu connaissais.

Une fois les tests passés, nous devions commencer les démarches pour la radiothérapie qui allait s’ajouter au plan de traitement de Clara. Entre ses cycles de chimio, Clara n’aurait plus de pause. Elle devait maintenant se présenter en radiothérapie tous les jours, à 8h tapant, pendant 6 semaines de suite.

Lors d’un de nos rendez-vous de préparation à la radiothérapie, le 2 novembre 2017, la radio-oncologue de Clara nous a croisés dans le corridor de l’hôpital. Elle nous a demandé si nous savions la nouvelle. J’ai senti mon cœur se serrer. Je savais qu’elle parlait des tests que nous avions passés la semaine précédente. Notre rendez-vous pour recevoir les résultats était prévu le lendemain. J’ai laissé échapper un « non » rempli d’appréhensions. Elle m’a dit « Elles sont bonnes les nouvelles. Il n’y a plus de trace du cancer. Nulle part. » Et c’est là, en plein milieu d’un corridor de l’Hôtel-Dieu de Québec, que j’ai senti mes genoux fléchir. Mon chum, qui était un peu plus loin, n’avait pas entendu. Il s’est approché de nous et je lui ai répété la nouvelle. Il a étouffé un cri. Quelques secondes plus tard, je l’ai entendu, derrière mon épaule, pleurer. Je ne pouvais pas le regarder, car je savais que si mes yeux croisaient les siens, je m’effondrerais. On a continué la journée de préparation à la radiothérapie en planant de bonheur. Pour la première fois en plus de 3 mois, j’étais bien.

Cet état de bonheur n’est pas resté longtemps. Une fois l’euphorie de la nouvelle passée, l’angoisse a, encore une fois, repris du terrain. Je faisais maintenant face à un nouveau stress: celui que le cancer revienne. Comme une ombre menaçante au milieu de la nuit, je le redoutais encore, sinon plus. Je le sentais encore tout prêt, je le savais maintenant sournois et sans pitié.