Après un hiver très occupé, pendant lequel je ne pouvais mener à bien plusieurs projets en même temps, j’ai décidé de me lancer et de réaliser un rêve que je chérissais depuis un bon moment :  écrire et être lue.

J’ai envie de vous divertir entre deux biberons ou une fois que les enfants sont finalement endormis. Mon objectif est de vous faire sourire et de vous changer les idées. Je vais donc vous livrer l’histoire D’Éléonore Petitpas, une énergique presque trentenaire qui après 10 ans de vie de couple renoué avec le célibat.  Elle habitait jusque-là avec son premier amour rencontré pendant un cours de Cégep. Clairement, elle s’était oubliée au profit de son couple et de la réussite professionnelle de son ex. Elle se retrouve au printemps, entourée de nouveautés et de « premières fois ». En se remémorant celle qu’elle était avant lui, elle découvre celle qu’elle est & celle qu’elle veut être. Elle vivra au cours des pages un déménagement dans une nouvelle maison (sa première juste à elle), l’exploration de son nouveau mode de vie, de nouvelles rencontres, des rendez-vous agréables ou catastrophiques, des défis professionnels, et surtout de bons moments avec elle-même et entourée de ses amis et de ses collègues colorés. Elle expérimentera des moments éclatés et elle découvrira que la vie réserve parfois des surprises de taille.

Vous lisez aujourd’hui la première partie de cette l’histoire.

La suite de ce récit sera publiée ici mensuellement.

Cette histoire débute un samedi soir d’avril, un soir pendant lequel l’hiver bataille ses droits avec le printemps, un soir où la pluie ne sait pas si elle doit être pluie ou neige. Dehors, près de ma petite voiture blanche remplie de ce que j’ai choisi de conserver pour mon nouveau départ, je jette un dernier regard, à sa maison devenue la nôtre pour finalement redevenir le sienne, de vraies larmes se mélangent à la fausse neige. Ce sont certes des larmes de tristesse, mais parmi celles-là, il y en a sans doute quelques-unes de soulagement et quelques autres de fierté.

Sur la route qui me mène à mon nouveau chez moi, une coquette maison de ville centenaire près des plaines d’Abraham, je pense à celui que je peux maintenant définir comme mon ex, Thomas.  Il est mon premier amour, un vrai bel homme rencontré pendant ma première session de Cégep. À cette époque qui me semble aujourd’hui lointaine, il était stagiaire dans mon cours d’économie. Le cours était devenu soudainement plus intéressant avec lui au-devant de la classe. Nous avions vivement et longuement discuté après un cours au sujet d’un schéma économique qu’il aimait et que je détestais. Je le trouvais beau, tellement brillant, sa voix était chaleureuse et calme. Ses cheveux noirs, ses yeux noisette et son sourire moqueur ont mis que très peu de temps à me convaincre de partager un long café avec lui. J’ai fébrilement accepté de passer un moment avec lui à la fin de la session, en décembre. Ce fût une soirée que je décrirais comme plus que parfaite. Les premiers flocons de neige tombaient tout doucement sur les lumières de Noël, la température était douce et je ne peux pas dire si mes joues étaient rouges d’hiver ou rouges d’émotion. Nous avons pris une longue marche pendant laquelle la discussion ne s’essouffla pas une seule minute. J’aurais voulu que le moment ne se termine jamais. J’avais 18 ans, il était plus vieux mais je ne le ressentais pas, et pour la première fois j’avais des papillons plein l’estomac, le cœur qui battait trop vite et l’impression folle d’avoir trouvé le Bon.

Notre histoire continua doucement au fil du temps ; premiers baisers timides qui deviennent rapidement totalement assumés un soir du congé des fêtes. Premières caresses furtives un peu plus tard le même soir dans un divan gris devant une comédie française dont je ne me souviens plus. Première nuit à deux quelques soirs plus tard pendant le même congé, un grand lit, des draps doux, le bruit de la fureur de la tempête par la fenêtre et la sensation que ses mains étaient faites pour se balader sur moi. Premier réveil collé, la chaleur de sa peau contre la mienne, la lumière dans ses yeux quand il m’a regardé avec un joyeux sourire muet sur ses lèvres et finalement le premier aveu devant le foyer, un soir frisquet de janvier pendant que l’on étudiait. Cette phrase que je n’oublierai jamais, prononcé nerveusement à voix basse comme si le chuchotement amplifiait les émotions.

« Éléonore, j’ai été incapable de me concentrer cette semaine, je ne faisais que penser à toi, au fait que j’étais en train de tomber follement amoureux de toi. »

Ainsi se sont passé nos 5 premières années. Des soirées d’études devant le foyer, de l’amour, de la complicité et des discussions sans fin. Il a décroché son doctorat en économie. J’ai eu mon MBA. Nous étions fiers de l’un et de l’autre et nous avions des projets plein la tête. J’ai finalement déménagé chez lui. J’avais une place à ses côtés, je me sentais bien et je n’aurais pas pu être mieux ailleurs que dans ces bras.

Les 5 dernières années se sont passées différemment. Nous avons passé de moins en moins de temps devant le foyer et les discussions se sont raccourcies à mesure qu’il montait les échelons d’un prestigieux ministère. Il est devenu un monsieur angoissé qui ne veut rien d’autre qu’une égoïste réussite professionnelle. J’étais une jeune femme dynamique qui s’impliquait passionnément dans l’organisme pour lequel je travaillais, en plus de voir à tout le reste de notre vie, parce qu’il n’était pas là. J’avais l’impression que je ne l’intéressais plus, mes réussites trouvaient de moins en moins souvent son oreille. Il y a quelques semaines, après une longue discussion, j’ai choisi de partir, de laisser les 10 dernières années derrière moi, de conserver les bons souvenirs et de me préserver des mauvais qui aurait pu venir. Malgré tout l’amour que j’ai eu, et toute l’affection que je ressens pour cet homme, il est clair qu’il n’est plus ce qu’il me faut, que nous avons évolué dans des voies différentes. Il n’y avait presque plus de « nous », notre histoire devait se terminer. Ceci dit ce n’est pas moins triste, moins déchirant pour autant et je devrais prendre le temps de me poser pour m’en remettre complètement. Je suis toutefois fière et soulagée d’avoir eu le courage de quitter un confort certain qui ne me convenait plus.

Ce soir-là, j’étais heureuse de dormir pour la première dans ma maison fraichement rénovée et de reprendre ma vie en main. Après une pause à la cuisine pour boire un verre d’eau, je suis monté dans ma chambre. Sous les draps, je planifiais ma journée du lendemain. J’étais loin d’être complètement installée, je n’avais pas encore reçu tous mes meubles et toutes les babioles essentielles n’avaient pas encore toutes été sorties de leur boite.  Je voulais donc finir de défaire les boites restantes, finir de nettoyer la terrasse, travailler un peu, faire une petite épicerie, repasser mes robes, appeler mes sœurs, planifier une rencontre avec mes collègues le vendredi soir suivant, finir d’organiser les armoires, préparer mes vélos parce que l’été approchait, appeler…

Je me suis endormie des idées plein la tête.

 

À suivre…

Photo de couverture: @sarah_cocolapine