Et bien, ça m’aura pris plus d’un an avant de me sentir capable de vous raconter mon histoire de A à Z. Pour vous dire la vérité, je ne sais pas combien de texte j’ai laissé non terminé au courant de la dernière année. Parce que chaque fois, après avoir pondues les premières lignes, je ressentais un blocage. Aucune idée pourquoi. Peut-être parce que c’était impossible pour moi de mettre des mots assez évocateurs et puissants sur toute la peine qui m’habitait et qui m’habite encore à ce jour. Peut-être aussi que mes idées étaient trop confuses… mes idées et puis mon coeur. Peut-être un mélange de tout ça, va savoir! En ce samedi soir de novembre 2019 je m’essaie à nouveau. Couchée en boule dans mon lit j’appuie sur les lettres du clavier de mon cellulaire parce que c’est comme ça que le « feel » le plus.


Ah et vous savez quoi, c’est pas vrai que je n’avais rien écrit sur mon histoire avant aujourd’hui. Ça vient de me revenir. J’avais écris un texte l’hiver dernier pour le blogue de la belle Véro Harvey (coucou V). Sauf qu’au moment d’écrire ce texte là, je ne savais pas qu’il y aurait un tome 2 à mon histoire. Mais ça, c’est une autre histoire dont je vous jaserai un autre tantôt.

Ce soir j’ai envie de vous raconter ce que peu de gens savent, c’est-à-dire le après ma première fausse couche. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je vous mets rapidement en contexte. En septembre 2018 j’ai appris que j’étais enceinte. Une deuxième grossesse prévue et ô combien désirée. À ce moment-là, je suis déjà maman d’une belle Céleste de presque 2 ans. Le 13 octobre c’est une maman au coeur inconsolable qui se rend à l’urgence. Cette journée là j’ai fait une fausse couche. Ma première.

C’est dans une salle d’examen froide que le gentil médecin de garde ce soir là m’annonce la mauvaise nouvelle. Avec un regard compatissant, il m’annonce que cette vie que je porte en moi depuis 12 semaines n’y est plus. Il se dit désolé, puis il m’informe que par précaution, je devrai me rendre en radiologie le lendemain matin pour passer une échographie qui confirmera la fausse couche. Le lendemain matin en salle d’échographie on me confirme ce que je savais déjà au fond de moi. Je rentre chez moi le coeur et le ventre vide.

Faisons un petit saut dans le temps. Je vous amène 4 semaines après l’annonce de ma première fausse couche. On est maintenant mi-novembre. C’est un lundi matin comme les autres. Mon chum est déjà parti porter Céleste à la garderie et je me prépare à partir travailler. Tout d’un coup je sens quelque chose dans mes culottes. Je me dirige vite à la salle de bain pour y découvrir un énorme caillot dans mes bobettes. Je panique. Pourquoi est-ce que je perds du sang et un gros caillot comme ça alors qu’on m’a dit à l’échographie que tout était beau?! Je décide d’appeler pour avoir un rendez-vous de suivi avec mon médecin de famille. Merde, pas de place avec lui avant des semaines. On me donne donc un rendez-vous avec une infirmière praticienne dans 2 jours (donc le mercredi de la même semaine).

Le mercredi matin je me présente à ce rendez-vous. J’explique en long et en large ma situation à l’infirmière. Elle m’examine, rien d’inquiétant à part des saignements vaginales. Selon elle, il s’agit de mon retour de couches (retour des règles après un avortement spontané ou un accouchement). J’avoue que je suis surprise, car les caillots que j’ai perdus plus tôt cette semaine étaient tellement gros… dans ma tête ça ne fait pas de sens que ce soit mon retour de règles. Je choisis quand même de faire confiance à l’infirmière, de toute façon je n’ai pas vraiment d’autres options.

Ce même soir, vers 16h je prends ma voiture pour aller rapidement à l’épicerie chercher un ingrédient qu’il manque pour cuisiner le souper. Je viens de commencer à rouler quand je sens quelque chose dans ma culotte. Puis encore, et encore, et encore plus. Je stress. Je me gare dans le stationnement de l’épicerie, je lève mon manteau et je tire sur mon pantalon. Je vois du sang, beaucoup de sang. Un peu comme une petite piscine qui se rempli à la vitesse de l’éclair. Là je ne stress pas, je panique ben raide. J’appelle mon chum en pleurant… je lui dit que je vais mourir. Je lui dit que je perds beaucoup de sang. Évidemment lui ne comprend pas trop ce qui se passe, impuissant à l’autre bout du fils. Je lui demande de rentrer à la maison le plus rapidement possible.

Je ne sais pas comment j’ai fait pour retourner à la maison dans cet état de panique extrême, mais j’y suis arrivée. Une fois ma voiture stationnée dans l’entrée, je prends mon courage à deux mains pour sortir de la voiture et me transporter à l’intérieur de la maison. J’ai la chienne de me lever, mais je trouve la force de le faire. Aussitôt debout je sens la quantité importante de sang couler le long de mes jambes. Je remarque que mon manteau et mon siège de voiture sont imbibés de sang. Fuck… je m’occuperai de ça plus tard.

Je réussis finalement à entrer dans la maison, en laissant derrière moi des goûtes de sang sur les dalles de ciment de notre perron. Le reste de cette soirée là je l’ai passée couchée dans mon lit, inquiète de ce qui pourrait m’arriver, inquiète de ce qui pouvait bien se passer avec mon corps. Confuse, paniquée, tannée. J’étais brûlée physiquement et mentalement x1000.

Je réussis à dormir cette nuit là. Quand je suis allongée, je ne perds pas de sang ou très peu (la loi de la gravité vous me direz). On est maintenant jeudi. Je me sens fatiguée, je décide de prendre un bain. Je m’installe confortablement dans l’eau chaude puis je ferme les yeux pour essayer de relaxer un peu. Quand j’ouvre les yeux quelques minutes plus tard, je réalise que l’eau de mon bain est rouge. Pas rose, rouge. Je panique. Encore. Je sors du bain en vitesse et je me dépêche de téléphoner dans une clinique privée pour demander un rendez-vous le plus rapidement possible. Là j’en ai assez, ça a assez duré. Impossible que ce soit mon retour de couches. On me propose un rendez-vous le lendemain matin.

Le lendemain matin je me présente à la clinique accompagnée de ma maman. J’avais besoin de son support et elle était là, comme toujours. Aussitôt arrivée à la clinique qu’on m’appelle déjà. Je m’installe dans la salle d’échographie et rapidement le médecin commence l’examen. Il me pose plusieurs questions afin de mieux se situer dans mon histoire. Rapidement il m’informe de la situation.

« Madame, il reste des débris placentaires dans votre utérus. Vous devez prendre rendez-vous rapidement avec votre médecin de famille qui lui doit vous faire voir un gynécologue dès que possible ».

Pas de temps à perdre… je traîne ces débris placentaires depuis plus de 6 semaines. Ayoye. Cette même journée j’ai réussis à voir mon médecin de famille en fin d’après-midi, puis le lendemain je voyais un gynécologue et je recevais enfin l’intervention qui mettrait fin à cette histoire une fois pour toute. Je n’avais pas le choix de passer par le curetage. Aucune autre option n’est possible. Les débris placentaires sont présents dans mon utérus depuis trop longtemps déjà. C’est même un miracle que mon corps n’aille pas développé un infection. Par précaution le gynécologue décide de m’administrer un antibiotique. Au cas, t’sais.

Je ne le savais pas encore à ce moment là, mais on m’a expliqué que mon utérus tentait d’évacuer les débris placentaires restants en se contractant, ce qui causait des saignements, qui eux se transformaient en gros caillots que j’évacuais un à la fois. Pauvre petit utérus… il travaillait fort, mais il n’y arrivait pas tout seul. La raison est fort simple. Sa paroi interne étant remplie de minis petits velcros, les débris placentaires restaient accrochés là, bien au chaud.

Celles qui l’ont déjà vécu le savent, un curetage d’urgence au bloc opératoire c’est rien de plaisant. C’est une intervention tellement froide et intrusive. Je savais pertinemment que je n’avais pas d’autres options et je savais surtout que je ne voulais pas mourir d’une septicémie. Je pensais à ma fille que j’aimais plus que tout. Je voulais être à nouveau top shape pour pouvoir m’occuper d’elle, pour pouvoir être présente pour elle. Je voulais en finir.

Le curetage c’est pour moi un souvenir vague, mais tellement fort. Je me souviens qu’on m’a déposée une couverture chaude sur le haut du corps après m’avoir attaché les jambes dans des étriers de compétition (littéralement). Je me souviens qu’on m’a administré du verset et du fentanyl, je me souviens de l’infirmière qui me répétait qu’on allait bien s’occuper de moi… faut croire qu’elle sentait que j’avais besoin de ça. Après j’ai sentie une aiguille traverser mon col utérin, puis j’ai entendu la voix rassurante du gynécologue suivi de bruits bizarres d’aspirations. La suite je ne me souviens pas de grand chose. Je sais que c’est rapide, mais dans mon coeur ça m’a parut une éternité. Ce dont je me souviens bien par contre, c’est la main rassurante du Docteur Laliberté sur mon bras droit quelques minutes après l’intervention, suivie de ses mots.

« Ça va bien aller maintenant madame Bissonnette. Il en restait plus que je pensais, mais j’ai réussi à tout enlever sans trop créer de saignements. Reposez-vous maintenant, vous en avez besoin ».

Puis il a quitté doucement, laissant derrière lui un élan de respect et de compassion. Moi j’étais soulagée de le voir partir aussi vite. Ça voulait dire qu’il n’y avait eu aucunes complications lors du curetage. À ce moment-là j’étais loin de me douter que nos chemins se croiseraient à nouveau dans un avenir rapproché… et pourtant.