J’ai toujours été très à l’aise de parler de sexe. Pas de tabou dans ma famille quand j’ai grandi, quoi qu’on n’en jasait pas autour d’une lasagne en poussant des blagues salaces. Mais pas de stress, pas de jugement. J’ai des parents (encore) très cool. Pour moi, le sexe et la virginité n’avaient rien de mythique ou de sacré comme dans les films d’Hilary Duff. Ça arrivera quand ça arrivera.

Je ne me souviens pas toutefois avoir eu un intérêt bien marqué pour le sexe quand j’étais ado. Pas de longues minutes un miroir entre les genoux pour comprendre comment fonctionnait cet orifice qui ressemblait à un hybride entre un fruit et une fleur. Mon vagin était là, mais ne m’intriguait pas plus qu’il faut.

Fast forward. J’ai 17 ans et je rencontre mon premier vrai chum (qui deviendra mon futur ex-mari!). Un gars incroyablement gentil, que j’adorais. Le genre de gars que tes amies regardent et souhaitent donc trouvé, elles aussi. Il est parfait et on fait un duo à tout casser. Je suis vraiment amoureuse et je sais qu’il sera mon premier partenaire sexuel. On planifie un peu le tout, on s’assure de pouvoir être confortables et pouvoir communiquer. Je vous dis, un gars parfait.

Mais ça ne fonctionne pas. De type, pas du tout. Oui, ça fait mal. Est-ce que c’est normal? Ben, dans les films, on dirait que ça fait mal. On essaie plusieurs fois, sans succès. Je dois être nerveuse.

Même chose la 2e fois.

Même chose la 25e fois.

Même chose 4 ans plus tard.

L’affaire, c’est que le pénis de mon copain ne rentrait pas. Comme si mon vagin dressait un petit mur de brique et que mon pauvre amoureux s’y cognait à chaque tentative de pénétration. C’est okay, parce que le sexe, c’est pas juste la pénétration et on trouve moyen de se faire plaisir autrement.

Je demande conseil à mon médecin (cliché du docteur old school blasé) qui me parle simplement de lubrifiant. C’est tout? Après 4 ans tu crois que je ne suis pas assez lubrifiée? Est-ce que quelqu’un peut m’examiner pour vrai? Je veux bien tout tenter pour contrôler mon vaginisme (nouveau mot dans mon vocabulaire à ce moment), mais quelqu’un doit m’expliquer ce qu’il en est. On parle de mon vagin quand même. Jamais personne n’a pris la peine de me questionner, de m’examiner, de m’expliquer. Je me retrouve le soir à faire mes propres recherches.

Mon copain et moi, on se laisse quelques années plus tard. Pas pour ça, évidemment, même si ça devenait très lourd sur le couple.

S’en vient ensuite le jour que je décide d’opter pour le stérilet comme contraception. Une intervention usuelle de 15 minutes, pas super agréable, mais rapide. Les gynécos en font 20 par jour. Et bien moi ça aura pris 1h30. La pauvre gynécologue du CHUM qui ne comprenait pas. Elle me fait une échographie. Ça ne rentre pas, comme si elle devait parcourir un chemin sinueux avec ses outils. Pas de trajectoire simple, mais plutôt un genre de parkour. 1h30 de douleur. La gynécologue n’a jamais vu ça en 20 ans. Et moi je pleure de douleur, les ongles bien ancrés dans le lit de la clinique. Elle est claire; il faut opérer.

Mon vagin est défectueux. 10 ans à essayer d’avoir une relation intime avec quelqu’un (ou même avec moi-même!) pour réaliser que mon vagin, ben, il ne fonctionnerait jamais sans deux-trois coups de scalpel. Enlever des muscles ici, retirer des tissus ici.
J’allais avoir 27 ans et pour Noël, j’allais m’offrir un nouveau vagin.

J’étais maintenant célibataire et prête à découvrir mon corps. Je voulais pouvoir fermer les yeux et me laisser aller, sans avoir à expliquer à ma date que ce n’est pas lui, c’est moi. Que c’est bon malgré tout, que c’est normal qu’il ait de la difficulté, que ce n’est pas grave si je verse une larme.

22 décembre 2017, je l’ai fait. Depuis (et après 6 semaines de convalescence!), j’ai eu la chance de partager des moments incroyables avec des hommes qui m’ont aidé à découvrir cette partie de mon corps que je connaissais si peu, même après 27 ans. J’ai aussi pris du temps pour la découvrir moi-même, seule. C’était important.

Pourquoi j’écris ce texte? Parce que je sais que le sexe c’est mélangeant des fois. Que ben de fois, tu crois que t’es pas normal(e), parce que ton corps est XYZ. Parce que même si tu as toute la volonté du monde d’être émancipé(e), des fois, t’as tout contre toi. Parce que toutes ces années, aucun professionnel avant ma parfaite gynécologue du CHUM n’a pris le temps de m’expliquer (ou de comprendre) ma condition. Parce que le sexe, ben ça devrait être perçu comme partie intégrante de la santé.

Parce que de prendre le contrôle de son corps et de refuser d’avoir mal, c’est un des plus beaux cadeaux.